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[EUROLEAGUE] : Le bilan de la phase aller

Si un trio de tête s’est affirmé lors des 17 premières rencontres d’Euroleague, la lutte pour les playoffs fait rage pour de nombreux clubs. Milan, le Fenerbahce et le Khimki Moscou sont décevants pour le moment et c’est tout le contraire de l’ASVEL, de Valence et de Belgrade. Les enseignements sont nombreux à l’issue de cette phase aller. Rétrospective équipe par équipe avant une phase retour pleine de suspense.

Anadolu Efes Istanbul
Finaliste en titre, le club stambouliote d’Adrien Moerman est encore un candidat plus que crédible pour le titre suprême européen cette saison. Leader à l’issue de la phase aller, l’équipe entraînée par Ergin Ataman a probablement produit le jeu le plus explosif d’Europe sur cette première moitié de saison. La paire Micic-Larkin fait des étincelles à chaque sortie et le meneur américain est intenable.

C’était déjà le cas lors du Final 4 à Vitoria l’an passé où Shane a décroché deux records à défaut d’avoir remporté l’Euroleague. 59 points inscrits dans un même Final 4 et 30 pions en finale. Grand compétiteur qu’il est, l’arrière US poursuit cette saison sa quête de record individuel en plantant 49 points face au Bayern Munich, soit le nouveau record de l’histoire de l’Euroleague, tout en égalant le nombre de paniers primés sur un seul match (10 en 12 tentatives).

Larkin compte 20,2 points de moyenne en 17 rencontres avec 50% d’adresse derrière l’arc. Il porte véritablement l’Efes Istanbul qui compte trois petites défaites pour le moment. La première face au Barça en ouverture de l’Euroleague et sans Shane Larkin blessé, la seconde à Athènes face au Panathinaïkos lors d’une semaine de back-to-back et la troisième dans un thriller de haute volée face au CSKA Moscou, champion d’Europe en titre. Pas de quoi rougir donc pour cette équipe turque pratiquant un jeu offensif très léché et up tempo qui ravit tous les fans de basket européen.

Malgré la blessure de Bryant Dunston depuis de longues semaines, l’équipe arrive à maintenir un équilibre de jeu grâce à un Tibor Pleiss (2,21 mètres) en grande forme et bien épaulé par le pivot turc Sertac Sanli en rotation. Blessé avant la Coupe du Monde, Adrien Moerman a débuté sa saison tout récemment et arrive dans une équipe parfaitement huilée et lancée tel un TGV vers un nouveau Final 4.

Real Madrid
Vainqueur en 2018, le Real Madrid de Pablo Laso joue de nouveau les premiers rôles sur la scène européenne. Comptant « seulement » deux victoires lors des cinq premières journées d’Euroleague, les Madrilènes viennent d’enchaîner douze victoires de rang, soit la meilleure série de succès dans le nouveau format de la compétition. Plus impressionnant encore, le Real a laissé un seul de ses douze derniers adversaires sous les 10 points d’écart, c’était l’Olimpia Milan au Wizink Center après une première mi-temps très mal négociée et perdue 30-39.

L’écart moyen sur les douze dernières rencontres est de presque 15 unités. Comme son co-leader stambouliote, le Real Madrid a très peu touché à son effectif à l’intersaison et travaille dans la continuité avec un roster très stable, expérimenté et d’une profondeur inégalée en Euroleague. La preuve avec ce match maîtrisé de bout en bout à l’Astroballe (77-87).

Malgré cinq absences à divers postes, les Blancos ont récité une nouvelle partition sur un parquet devenu très difficile à conquérir. Le jeu offensif des Madrilènes est léché et efficace, et surtout, la défense apporte de solides garanties. Le Real possède la quatrième meilleure défense avec 76,7 points encaissés et laisse la plus faible évaluation collective à ses adversaires de toute l’Euroleague. Madrid assure des deux côtés du parquet, le roster comble chaque faille et Pablo Laso continue de gérer ses troupes d’une main de maître.

Le Real est inévitablement un très sérieux candidat pour le titre suprême, d’autant plus lorsqu’il aura récupéré ses blessés. Gabriel Deck ne cesse de progresser au poste 3. Doté d’un physique limité et plutôt lent, il comble par une science du jeu rare. Malgré des statistiques peu clinquantes, il est devenu un joueur clef du jeu madrilène, le joueur collectif par excellence.

Walter Tavares, meilleur défenseur de la compétition en titre, est une menace plus qu’inquiétante lorsqu’il s’agit de s’approcher de l’arceau madrilène. Une tour de contrôle qui verrouille parfaitement la défense et le rebond tandis que le génial Facundo Campazzo s’occupe de distribuer les caviars. Il a cumulé 17 assists face à Valence (111-99), battant ainsi le record de passes décisives d’un joueur du Real Madrid sur une rencontre d’Euroleague.

FC Barcelona
Handicapé par les longues blessures de Kevin Pangos et Thomas Heurtel au poste 1, le club catalan assure tout de même l’essentiel avec cette troisième place en Euroleague. Quatre défaites en dix-sept rencontres, dont trois face à des membres du Top 8 et avec comme seule tâche, ce revers à Vitoria face à une équipe de Baskonia pourtant en pleine crise (76-74). Barcelone s’appuie grandement sur un Nikola Mirotic étincelant (18,8 pts, 7,1 rebonds pour 21,5 d’évaluation moyenne).

Même s’il manque des meneurs dans cette équipe, les résultats s’enchaînent grâce là aussi à un banc profond et consistant. Souvent plus en difficulté que le Real Madrid ou l’Efes Istanbul, les Catalans possèdent des qualités individuelles capable de les sortir de n’importe quelle situation, comme cette victoire en Lituanie face à un Zalgiris Kaunas très collant (86-93).

Ce soir-là, Cory Higgins et Nikola Mirotic ont cumulé 51 points pour porter le Barça vers la victoire. Un système qui a parfois des limites, notamment lorsque les joueurs clefs sont en panne d’adresse comme lors du Clasico perdu à Madrid (86-76). Cory Higgins à 2/12 au tir et les 0 point de Mirotic dans le dernier quart-temps ont précipité Barcelone vers la défaite. Malgré tout, Barcelone s’impose comme un candidat très sérieux en Euroleague grâce à son recrutement XXL cet été (Higgins, Davies, Delaney, Mirotic, Abrines). Les retours de Pangos et Heurtel ne pourront faire que du bien à cette équipe qui devrait devenir encore plus redoutable en deuxième moitié de saison.

Maccabi FOX Tel-Aviv
Derrière le trio de tête, le Maccabi se positionne en sérieux outsider. Le travail initié par Sfairopoulos depuis son arrivée en novembre 2018 porte peu à peu ses fruits. Après avoir manqué les playoffs pour une petite victoire l’an passé suite à un début de saison catastrophique (une victoire en sept rencontres), les Israéliens réalisent une première moitié de saison cohérente, au niveau des attentes placées dans cette équipe.

Malgré des blessures à répétition, le Maccabi arrive à enchaîner les performances de haut niveau en étant toujours invaincu à domicile. D’ailleurs, l’écart moyen en Israël est de 17 points, et seule une équipe est restée sous les dix unités d’écart. Le Real Madrid, Barcelone et l’Efes Istanbul sont attendus à Tel-Aviv lors de la phase retour mais le Vieux Contient est prévenu, s’imposer en Israël n’est pas une mince affaire. Même avec un Omri Casspi aligné sur six matches seulement, le Maccabi affiche un état d’esprit irréprochable à domicile et étouffe chaque adversaire, même le CSKA Moscou a volé en éclat dans le money time pour encaisser un 10-0 fatal (défaite 90-80).

Sans parler de l’héroïque victoire face au Panathinaïkos en back-to-back malgré 10 joueurs sur la feuille de match. 48 heures après un duel remporté chez le Zenit Saint-Pétersbourg, Tel-Aviv débutait sur les rotules face aux Grecs en mode rouleau compresseur (13-29 au QT1) pour finalement renverser la tendance et s’imposer grâce à un dernier quart-temps de folie (88-79). L’équipe s’est récemment renforcée avec les arrivées d’Aaron Jackson à la mène et Jaren Reynolds à l’intérieur.

Si John DiBartolemeo manquera le reste de la saison, le Maccabi doit encore récupérer Nate Wolters, Tarick Black, Scottie Wilbekin, Othello Hunter et Omri Casspi, tous les six absents lors de la courte défaite chez le Zalgiris Kaunas (73-68 après avoir pourtant mené 44-29). Si Tel-Aviv a réussi à finir quatrième de cette phase aller avec ses nombreux pépins physiques, il faudra sérieusement compter sur lui d’ici les playoffs. Le plan mis en marche par Sfairopoulos ne fait que progresser semaine après semaine, faisant du Maccabi un candidat sérieux pour les playoffs, outsider du Final 4, invaincu à domicile et deuxième meilleure défense de la compétition.

CSKA Moscow
Champions d’Europe en titre, les Moscovites étaient l’interrogation principale de cette Euroleague 2019/2020. Dépouillé de Cory Higgins, Sergio Rodriguez, Nando de Colo, Othello Hunter et ayant perdu Will Clyburn (MVP du Final 4) en début de saison pour une rupture des ligaments croisés, le CSKA Moscou n’était plus autant redouté que par le passé. Et pourtant, il est bien présent avec 11 victoires dont deux prestigieuses sur le parquet de l’Efes Istanbul (80-81) et un sublime récital au Palau Blaugrana face à Barcelone (67-96).

Les Russes n’ont pas remplacé Will Clyburn, un élément clef, mais peuvent compter sur un Mike James toujours aussi précieux (20,6 pts et 4,5 assist pour 21,5 d’évaluation moyenne). Véritable leader offensif du CSKA, il s’est notamment distingué d’un buzzer beater en prolongation face au Zalgiris Kaunas (85-82 a.p) puis du game-winner sur le parquet de l’Efes Istanbul (80-81).

Les Moscovites possèdent un backcourt très dense avec des profils divers tels que Strelnieks, Hackett, Hilliard ou encore James mais manque parfois d’impact à l’intérieur. Le profil explosif d’Othello Hunter n’a pas été remplacé, puisque substitué par le polyvalent Johannes Voigtmann (52,9% à 3-points). Kyle Hines, deux fois meilleur défenseur de l’Euroleague, et son 1,98 mètres ne peut pas contenir tout le monde dans la raquette.

La philosophie est très small ball mais cela fonctionne très bien. Dimitris Itoudis mène le CSKA là où il veut l’amener et peut s’appuyer sur une force de frappe extérieure très élevée. Les partenaires de Mike James marquent le plus de paniers primés pour le moment avec 11,65 3-points de moyenne. Même si l’équipe ne possède pas de big men et s’est affaiblie à l’intersaison, elle a trouvé son équilibre et est en marche vers les playoffs pour pourquoi pas rallier un neuvième Finale 4 consécutif.

Panathanaikos OPAP Athens
Élimines sept fois de suite en playoffs et absents du Final 4 depuis 2012, les Grecs du Panathinaïkos ont sorti le chéquier à l’intersaison afin de retrouver le dernier carré de l’Euroleague. Sept ans sans Final 4 paraît une éternité pour le club légendaire d’Athènes titré à quatre reprises au XXIème siècle, le meilleur total avec le CSKA Moscou. Après un début de saison en dents de scie, Rick Pitino est revenu sur le banc grec, tout en prenant la sélection nationale de Grèce. Adoré par les fans lors de son passage l’an passé qui a replacé le Pana vers le chemin des playoffs, il semble de nouveau parti pour porter les Grecs vers une dixième qualification consécutive pour la post season.

Nick Calathes mène ses troupes avec brio une nouvelle fois. Meilleur passeur de la compétition (9,1 assists de moyenne), il compte aussi près de 15 points et plus de 5 rebonds pour presque 20 d’évaluation. Sans lui, le Panathinaïkos n’aurait probablement pas terminé cette phase aller aux huit premières places. Les Grecs ont terminé cette première moitié de saison de la meilleure des manières en s’imposant dans la nouvelle salle du CSKA Moscou au terme d’un thriller remporté après prolongation (102-106 a.p). C’est l’inévitable Nick Calathes qui a sauvé les siens d’un tir primé à six secondes du buzzer afin d’arracher l’overtime.

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Jimmer Fredette s’est rapidement intégré au sein du collectif grec en étant déjà le co-meilleur marqueur avec le capitaine Calathes (14,3 pts de moyenne chacun). L’expérimenté Tyrese Rice, MVP du Final 4 en 2014, apporte toute son expérience et s’est même permis le luxe d’égaler l’ancien record de points inscrits sur une rencontre : 41 dans le derby d’Athènes remporté après prolongation. DeShaun Thomas continue d’être régulier tandis que Papapetrou prend de plus en plus d’ampleur dans cette équipe, lui aussi auteur d’un match remarquable lors de la double prolongation perdue face à Berlin en signant 39 points.

L’équipe grecque doit encore progresser, notamment au rebond puisqu’elle est celle qui en subit le plus en Euroleague (près de 39) et surtout, elle se doit de gagner des rencontres plus prestigieuses. Le Pana compte dix succès mais seulement trois face aux membres du Top 8. La victoire face au CSKA tombe au meilleur moment, de quoi prouver que cette équipe peut dominer des adversaires de son calibre voire supérieurs puisque les Grecs restaient sur des défaites moroses face à Barcelone (98-86), à Tel-Aviv (88-79) et au Real Madrid à l’OAKA Arena (75-87).

Olimpia Milan
Les Milanais ont soufflé le chaud et le froid depuis début octobre. Tantôt génial en gagnant à l’OAKA Arena (78-79) puis en faisant tomber Barcelone pour la première fois sur la scène européenne (83-70), puis tantôt dramatique en enchaînant cinq défaites de suite. L’équipe collective et défensive co-leader après huit journées s’est effritée peu à peu pour offrir un jeu offensif statique et de pauvre qualité. Seule consolation, deux victoires à domicile face à Valence puis de justesse face au Zenit, lanterne rouge de la compétition. L’équipe coachée par Ettore Messina déçoit pour le moment, l’entraîneur italien n’apporte pas assez de satisfaction sur cette première moitié de saison. Plus criant encore, le manque d’identité du club d’Armani.

C’était déjà le reproche principal lors des précédentes saisons et l’arrivée d’un grand nom comme celui de Messina laissait présager un futur radieux. Cela a fonctionné, mais dès le début de l’automne, la morosité est revenue au sein de la capitale lombarde. Touché par quelques blessures et par un recrutement infructueux, l’avenir de Milan n’est pas sûr de s’écrire en playoffs. Shelvin Mack est l’une des plus grosses déceptions de l’Euroleague, et vient de passer deux rencontres en tribune. Même constat pour Aaron White, pourtant l’un des meilleurs postes 4 de la compétition l’an passé avec le Zalgiris Kaunas. La récente arrivée de Keifer Sykes est censée dynamiter le jeu de Milan, jusqu’à présent trop dépendant du niveau de Chacho Rodriguez.

Le potentiel est pourtant bien présent mais Messina n’a semble-t-il pas encore trouvé la bonne formule afin de tirer cette équipe vers le haut à chaque rencontre. Sur ses huit derniers matches, les Milanais ont dépassé une seule fois les 80 points, lors de la lourde défaite à l’Astroballe (89-82). Preuve d’un jeu offensif peu léché, Milan totalise la deuxième moyenne la plus faible de la compétition aux passes décisives (15,29). Un axe de travail qui devrait être primordial afin de retrouver une cohérence collective offensive indispensable pour espérer terminer aux hui premières places.

 

Crvena Zvezda mts Belgrade
L’invité surprise du Top 8 à mi-saison nous vient de Serbie. Absent de l’Euroleague l’an passé, Belgrade signe un retour remarqué en 2019/2020. Auteur d’un début de saison très poussif ponctué de sept défaites en neuf rencontres, Belgrade a récemment ajusté son effectif et a signé six victoires sur les huit derniers matches. Un second souffle qui permet aux Serbes d’intégrer le Top 8. Le début de saison n’était pas forcément mauvais, mais le lourd calendrier n’a pas joué en faveur de l’Etoile Rouge en affrontant dès les premières journées le Panathinaïkos, le Maccabi, le Real Madrid, l’Efes Istanbul ou encore le Barça.

Une fois l’orage passé, Belgrade s’est ressaisi et a commencé à enchaîner les performances, face à des adversaires plus accessibles. Les récentes arrivées de Stimac et Punter ne devraient qu’améliorer le contenu de l’équipe serbe, déjà parfaitement menée par un Lorenzo Brown en grande forme. Meilleur marqueur et meilleur passeur de l’équipe, il a aussi signé une performance époustouflante face à l’Olympiakos en back-to-back en marquant 34 points.

Il a d’ailleurs inscrit au moins 15 unités lors de ses six dernières sorties. Les Serbes comptent aussi sur le sniper Billy Baron (12,9 pts à 43,8% à 3-points), la polyvalence de James Gist, le retour de Kuzmic après deux saisons presque blanche et un grave accident de la route l’été dernier. De plus, Perperoglou est blessé depuis de longues semaines mais cela n’a pas empêché Belgrade de surfer sur une bonne dynamique. Actuellement meilleure défense de la compétition, l’Étoile Rouge jouera sa carte de poil à gratter jusqu’au bout et prétend logiquement au Top 8.

Khimki Moscow Region
Milan peut souffler, il y a une équipe qui déçoit plus qu’elle, c’est le Khimki Moscou d’Alexy Shved. Auteur d’un début de saison canon comme les Milanais, les Russes ont gagné deux de leur neuf dernières rencontres. Plus grave encore, les Moscovites subissent la plus grande évaluation collective de la compétition en étant pourtant neuvième.

Le jeu russe se repose beaucoup sur leur star Alexy Shved auteur de 20,9 pts et 5,3 assists pour le moment. Une dépendance qui offre un jeu collectif parfois pauvre, et surtout qui ne crée pas de réelle identité. Les Russes ont eu le désavantage de recevoir le moins de fois sur cette phase aller (7) mais payent un bilan catastrophique à l’extérieur de deux victoires en dix déplacements. Seuls l’ASVEL, Berlin et Munich ont fait pire. Le problème semble assez profond, notamment dans les têtes. Autant cette équipe est capable de faire exploser n’importe quelle défense sur son parquet, autant elle fait preuve parfois d’une nonchalance et d’un manque dérageant de fighting spirit.

Pourtant, le roster est de qualité avec des postes doublés à tous les niveaux tout en ayant une complémentarité aussi bien dans la raquette que sur les lignes extérieures. Quelque chose ne tourne pas rond, et Rimas Kurtinaitis ne semble pas avoir trouvé la bonne formule, à l’instar d’Ettore Messina. Khimki-Milan, même combat, celui d’intégrer le Top 8 et de se forger une identité de jeu d’ici les playoffs, au risque de rester à quai dès début avril, et ce malgré un budget très élevé supérieur à 30 millions d’euros.

Valencia Basket
Vainqueur de l’Eurocup l’an passé, Valence apparaît désormais comme un candidat crédible pour atteindre les playoffs. Alors que Jaume Ponsarnau était sur un siège éjectable suite au mauvais début de saison (cinq défaites inaugurales en Euroleague), il a parfaitement saisi sa dernière opportunité face au Bayern Munich mi-novembre (82-56). Valence a gagné sept de ses dix dernières rencontres. Les Espagnols ont gagné un véritable thriller chez le Fenerbahce (98-100 a.p), un duel maîtrisé sur le difficile parquet de Kaunas (82-86) ou encore une remontada épatante face au Khimki Moscou après avoir été mené de 16 unités lors du premier quart-temps.

L’équipe affiche un jeu collectif bien huilé, où chacun à ses responsabilités. L’état d’esprit est irréprochable et le contenu offert par les Valenciens est de qualité à chaque sortie malgré un effectif démuni de superstar. Signe d’un collectif qui vit bien, douze joueurs comptent plus de cinq points de moyenne, le total le plus élevé de la compétition devant l’Olympiakos (11) et le tandem Berlin-ASVEL (10). Le joueur qui symbolise le jeu polyvalent de Valence n’est autre que son pivot monténégrin Dubjlevic auteur de 15,2 pts, 60% à 2-pts, 39,6% à 3-pts dont 56% sur les sept derniers matches.

Il possède même la meilleure évaluation pour 40 minutes (ratio évaluation par temps de jeu), devant un certain Shane Larkin. L’équipe valencienne tient la cadence à mi-saison, mais comme de nombreux outsiders du Top 8, la différence va devoir se faire à l’extérieur, là où ils sont encore en délicatesse avec deux succès en neuf déplacements. Après tout, Valence s’est déjà déplacé chez six équipes du Top 8 actuel et pourrait bien être la grosse cote d’ici les playoffs en continuant ainsi, et à condition d’éviter d’avoir des blessures à répétition.

LDLC ASVEL
Le bilan à mi-saison ne peut être que positif concernant Villeurbanne. Deuxième plus petit budget, les Rhodaniens ont déjà déjoué tous les pronostics. Alors qu’un bilan final de près de dix victoires lui était promis, l’ASVEL totalise déjà huit succès. Un chiffre épatant lorsque l’on observe les deux autres arrivants que sont Berlin avec cinq succès et le Zenit et ses quatre victoires malgré plus de 25 millions d’euros de budget contre les 11 millions du club de Tony Parker.

Villeurbanne s’est avant tout créé un nom à l’Astroballe, faisant trembler chaque adversaire en déplacement. L’effectif profond de Zvezdan Mitrovic et sa mentalité de guerrier lui permet d’afficher un tel bilan. L’équipe se veut intraitable sur son parquet et a enchaîné les prestigieux succès : Panathinaïkos, Olympiakos, Baskonia, Milan et même le CSKA Moscou, champion d’Europe en titre battu au terme d’un finish sensationnel.

Seuls le Fenerbahce et les co-leaders de l’Euroleague se sont imposés en France. L’ASVEL affiche bien des faiblesses quelque part, et c’est lorsqu’il s’agit de voyager. Un petit succès pour le moment, et on peut plutôt parler d’un hold-up puisque les Villeurbannais n’ont jamais mené à Belgrade avant d’arracher la prolongation pour finalement l’emporter (72-74 a.p).

La force de Villeurbanne, c’est son jeu collectif bien rodé, où il n’y a pas de réelle star. Alors même qu’un leader attendu comme Edwin Jackson n’apporte pas satisfaction (6,6 pts et 11,1% à 3-pts), son manque est comblé, d’abord par la surprise Strazel, puis par un Jordan Taylor en plein ascension, en train de devenir le leader du backcourt villeurbannais (9,6 pts et 6 assists sur les six derniers matches). L’ASVEL a fait ce qu’elle pouvait de mieux sur cette phase aller, mais le plus dur l’attend désormais.

Villeurbanne a eu l’avantage de recevoir dix fois et va maintenant devoir voyager dix fois, et pas chez n’importe qui : Real Madrid, Fenerbahce, Anadolu Efes, Panathinaïkos, Olympiakos, Baskonia, Khimki Moscou, CSKA Moscou ou encore Milan. Si les playoffs deviennent un objectif crédible semaine après semaine, il est maintenant indispensable pour les joueurs de Mitrovic de glaner d’autres succès en déplacement. Le calendrier s’annonce épique, mais peut-être que l’ASVEL a d’autres surprises à nous réserver en 2020. Une statistique assez étrange vu le classement de Villeurbanne et qui doit être améliorée, c’est l’évaluation collective, actuellement la plus mauvaise de l’Euroleague (74,88 PIR cumulé).

Baskonia Vitoria-Gasteiz
Si Vitoria était l’une des équipes les plus excitantes à voir jouer l’an passé, il s’agit déjà d’un lointain souvenir. Oubliez l’équipe qui a joué les yeux dans les yeux en playoffs face au CSKA Moscou, s’offrant même de luxe de gagner en Russie puis de lutter jusqu’aux derniers moments contre le futur champion d’Europe. Depuis l’élimination précipitée en playoffs de Liga ACB l’an passé face à Saragosse (sweep 2-0), tout a basculé, et de manière péjorative.

L’effectif s’est affaibli déjà en perdant deux pivots très complémentaires (Poirier et Voigtmann) puis en perdant deux arrières pour grave blessure assez tôt dans la saison (Garino et Granger) et pas encore remplacés. Le jeu basque est assez déséquilibré avec une trop grande densité à l’intérieur (4ème équipe au rebond) et un secteur extérieur amoindri et peu efficace. Pas un hasard si Baskonia est l’équipe réalisant le moins de passes décisives en Euroleague avec une moyenne a peine supérieure à 13 assists par match. Un chiffre famélique qui empêche de rêver de playoffs, sans compter les lourdes défaites.

Les six derniers revers de Baskonia ont été par un minimum de 22 points, l’écart moyen dépassant les 25 unités sur cette série. Perasovic a été remercié après l’humiliation face au Real Madrid à la Buesa Arena (55-77). L’équipe sort à peine la tête de l’eau grâce à un succès de prestige face à Barcelone à domicile début janvier grâce à un poster du capitaine Toko Shengelia sur Nikola Mirotic en toute fin de match (76-74).

Une victoire qui pourrait relancer une équipe en déroute complète sur cette fin d’année 2019, et désormais éliminée de la course à la Copa del Rey qui se déroulera à Malaga mi-février. Le retour de Dusko Ivanovic sur le banc pourrait lancer un nouveau cycle en 2020 qui ne pourra être que meilleur que celui terminé en 2019. Le chemin est encore long, et un ou plusieurs renforts aux postes extérieurs semble indispensable afin de rivaliser avec le Top 8. L’hypothèse Shelvin Mack est évoqué pour ce meneur US devenu indésirable du côté lombard.

Olympiacos Piraeus 
Le recrutement opéré lors de l’intersaison avait surpris, et ne semble pas porter ses fruits. Les joueurs étrangers choisis ne semblaient pas offrir les garanties nécessaires pour l’Euroleague, sachant que le club ne dispute que cette compétition depuis sa rétrogradation en 2ème division grecque. La sclérose en plaques de David Blatt n’a rien arrangé et l’a même poussé à partir en début de saison en plus des mauvais résultats. L’Olympiakos est d’une irrégularité frustrante pour le moment. Capable de gagner chez le CSKA Moscou mais à peine capable d’enchaîner deux victoires de suite.

Si le contenu s’est montré en amélioration au fur et à mesure de la saison, il marque le pas depuis décembre avec cinq défaites en six rencontres. La seule victoire étant une hold-up sans nom face au Khimki Moscou. Les Grecs étaient menés de 9 unités dans la dernière et ont enfilé trois paniers primés pour finalement l’emporter en prolongation (108-99 a.p). Une maigre consolation pour cette équipe légendaire en passe de manquer les playoffs pour la deuxième saison de suite et absente du Final 4 depuis 2017.

Fenerbahce
Par où commencer ? Sans hésitation possible, le Fenerbahce est la plus grosse surprise de ce début de saison. Comment imaginer cette équipe à la 14ème place de l’Euroleague à la mi-saison ? Cette équipe présente au Final 4 depuis quatre ans et meilleur bilan de la saison régulière l’an passé avec 25 victoires en 30 oppositions. Très peu de réponses peuvent expliquer cette déroute. La principale réside dans une sorte de fin de cycle suite au Final 4 manqué (élimination en demi-finale) et à la finale du championnat turc perdue 4-3 face à l’ennemi stambouliote de l’Anadolu Efes.

L’effectif a à peine été touché (départs de Melli et Guduric, arrivées de Williams, De Colo et Westermann) mais n’arrive pas a retrouvé sa force collective d’antan. Auteur de deux victoires lors des neuf premières rencontres, le Fener semblait avoir lancé sa saison en remportant trois victoires de suite. Illusion. Dominés par l’Efes Istanbul (encore lui) et le Pana, les Turcs ont sombré à domicile en perdant deux rencontres à domicile, et pas des moindres. Crucifiés par un tir primé d’Andrew Albicy (81-84) puis battus après prolongation par Valence (98-100 a.p).

Une première moitié de saison qui exaspère au plus haut point les fans turcs même si la confiance en Zjelko Obradovic est toujours totale. Lui qui a amené le club stambouliote au plus haut niveau semble ne pas trouver de second souffle à un effectif pourtant muni de pièces majeurs du Vieux Continent (Sloukas, D. Williams, de Colo, Vesely, Datome). Les pépins physiques n’épargnent pas le Fenerbahce mais le mal est plus profond, l’équipe est en véritable crise de confiance et de résultat.

Joffrey Lauvergne vit peut-être ses derniers jours à Istanbul, alors que James Nunnally faire son retour. Une chose est sûre, lorsque le Fenerbahce aura le déclic, il deviendra automatiquement un sérieux candidat pour le Final 4, peut-être vient-il d’avoir lieu sur le parquet de l’Olympiakos avec un succès maîtrisé de bout en bout malgré trois absences dans le secteur intérieur (87-96 avec un 16/29 à 3-pts).

FC Bayern Munich
L’un des outsiders qui déçoit le plus pour le moment. Avec Radonjic sur le banc depuis la saison passée et un recrutement séduisant, le Bayern et sa Wild Card temporaire de deux ans (comme l’ASVEL) faisait office de candidat au Top 8. Avec les arrivées de Greg Monroe, Mathias Lessort, Demarcus Nelson (MVP des finales avec l’ASVEL l’été dernier et remercié ce dimanche), Huestis et Bray (encore blessé), les Bavarois étaient armés pour jouer les troubles-fêtes.

Il n’en est rien à la mi-saison avec six victoires, dont seulement trois lors des onze derniers matches. Seule satisfaction, cette victoire de prestige en début de saison face au Real Madrid (95-86). Maigre consolation à la vue du bilan extérieur, garni d’un petit succès chez l’ennemi berlinois. Et encore, un succès miraculeux grâce à deux paniers primés de Maodo Lo dans les 15 dernières secondes afin d’arracher une prolongation finalement gagnée (76-77 a.p).

C’est plus Berlin qui a perdu le match qu’autre chose. Plus inquiétant encore, le Bayern reste sur deux défaites qui font très mal. La première face au Zalgiris Kaunas (73-98). Un lourd revers à domicile face à la lanterne rouge au moment des faits et qui restait sur neuf défaites consécutives. Encore assommés, les Bavarois ont coulé par la suite à Belgrade (93-63). L’horizon est assez sombre pour le Bayern, contrairement à l’ASVEL aussi néophyte et puissant à domicile, Munich ne domine pas des adversaires de gros calibre, sans afficher un jeu collectif très cohérent.

Les trois dernières victoires sont face à l’Olymiakos, Berlin et le Zenit et la dernière équipe du Top 8 battue remonte à ce exploit du 30 octobre face au Real Madrid. Le prometteur début de saison a rapidement pris place à une crise de résultats et la tendance ne semble pas prête de s’inverser aussitôt, laissant planer le doute en Bavière à l’orée de la phase retour.

Zalgiris Kaunas
Après deux saison exceptionnelles, le Zalgiris est rentré dans le rang. Plus petit budget de la compétition, il était parvenu à se qualifier pour le Final 4 en 2018 puis avait arraché le dernier ticket des playoffs l’an passé grâce à huit succès de suite en fin de saison, terminant par une victoire sur le parquet du Real Madrid, infligeant la seule défaite des Madrilènes au Wizink Center en Euroleague de l’année civile 2019.

Pour une compétition comme l’Euroleague, il est terriblement difficile de réaliser les mêmes saisons avec un budget si faible en perdant des joueurs à chaque été et devant les remplacer à chaque fois par des joueurs moins référencés. Après un début de saison réussi (3-3) en battant notamment le Real Madrid à domicile puis le Fenerbahce dans sa salle, le Zalgiris a vécu une véritable traversée du désert en perdant neuf rencontres consécutives. Une spirale négative qui a précipité le club lituanien à la dernière place fin décembre.

Il ne faut s’arrêter à cette mauvaise spirale, contrairement à d’autres clubs du bas de tableau, jamais Zalgiris n’a affiché un fond de jeu peu cohérent ou une attitude défaitiste. Sur les neuf revers de suite, jamais le Zalgiris n’a été pas battu par 10 points ou plus, là où d’autres volaient en éclat. Le Barça tenu tout le match (86-93), une presque remontada face au Panathinaïkos à domicile (85-86), une prolongation perdue au buzzer sur un tir assassin de Mike James (85-82 a.p), et finalement la rédemption chez le Bayern Munich (73-98).

Après avoir flirté avec la victoire à de nombreuses reprises, les Lituaniens sont finalement récompensés en réalisant un match parfait à Munich, et ce, sans Marius Grignos blessé depuis de longues semaines, ni Jock Landale, alors meilleur marqueur de l’équipe, et avec un Edgar Ulanovas sur une seule jambe.

Victoire confirmée dans la foulée face à un Maccabi amoindri par six blessures (73-68). Malgré son actuelle 16ème place, Kaunas n’est qu’ trois victoires du Top 8, un exploit déjà fait l’an passé en passant de la 13ème à la 8ème place lors des sept derniers matches de la saison régulière. L’équipe semble avoir passé sa période d’apprentissage en surpassant sa mauvaise série et pourrait n’être que dangereux lors de cette phase retour.

ALBA Berlin
L’une des équipes les plus plaisantes à voir jouer en Euroleague. Comme le Zalgiris Kaunas, l’ALBA Berlin paye son manque d’expérience au plus haut niveau européen. Finaliste en titre de l’Eurocup, la marche semble un peu haute pour le club allemand. L’équipe serait probablement aux portes du Top 8 si elle n’avait pas laissé filer plusieurs succès.

Trois prolongations perdues et deuxième mi-temps mal négociée face à Milan fin octobre ont bien plombé le bilan d’une équipe pourtant très joueuse. Malgré sa 17ème place au classement, l’ALBA est l’équipe qui réalise le plus de passes décisives en Euroleague (19,71 en moyenne) et est aussi l’une des plus puissantes derrière l’arc avec 174 paniers primés marqués (4ème total, à égalité avec l’Anadolu Efes).

Si le secteur offensif de Berlin fait partie des plus en réussite de la compétition, il faut bien un argument qui explique leur 17ème place. Il réside en un seul mot : défense. Le secteur défensif des Berlinois annihile toute chance de croire au Top 8. Seul le Khimi Moscou encaisse plus de points que Berlin cette saison, mais ce n’est rien comparé au bilan en déplacement. L’ALBA compte un seul succès à l’extérieur, et il est très prestigieux, après une double prolongation dans l’antre du Pana (105-106 a.p).

Sinon, c’est huit défaites et presque 100 points encaissés de moyenne. Des chiffres inquiétants qui témoignent l’incapacité du club allemand à défendre à haut niveau sur 40 minutes dans une compétition si exigeante. De plus, l’équipe connaît son lot de blessures, notamment le meneur Peyton Siva, véritable détonateur du jeu berlinois, trop souvent indisponible.

Si les Berlinois ne sont qu’à trois victoires du Top 8, une qualification pour les playoffs semble très hypothétique d’ici la fin de la saison régulière. A moins de devenir une forteresse instantanément, le club allemand restera à quai début avril, et se concentrera pour obtenir un nouveau billet pour l’Euroleague l’an prochain. Il faudra être champion d’Allemagne ou bien atteindre la finale face au Bayern Munich, déjà assuré de disputer la compétition en 2020/2021.

Zenit St Petersburg
Lorsque le compte de fée tourne au cauchemar, vous obtenez la phase aller du Zenit en Euroleague. Le club russe avait obtenu le dernier billet d’accession via une Wild Card alors que le Partizan Belgrade était en pôle position. L’arrivée du sponsor Gazprom ayant favorisé cette invitation. Le budget est lui aussi dopé comme il faut avec plus de 25 millions d’euros selon L’Équipe.

Le recrutement a été massif, et avec des profils prometteurs : Albicy, Abromaitis, W. Thomas, Ponkrashov, Hollins, Iverson, Renfroe, Ponitka et l’expérimenté Gustavo Ayon au poste 5. Des joueurs pas forcement référencés en Euroleague mais avec un bon background d’Eurocup ne demandant que confirmation. Et confirmation il n’y a pas. L’équipe entraînée par Joan Plaza au fort accent espagnol (7 joueurs passés par la Liga ACB) ne s’est jamais trouvée. L’ASVEL est l’équipe la mieux classée que le Zenit ait battu cette saison (75-70).

Un duel que les Villeurbannais ont bêtement perdu, après l’avoir dominé pendant plus de trente minutes. Si Gustavo Ayon présente le meilleur bilan statistique du club russe, il n’en est pas pour autant le leader technique et mental. Il manque à cette équipe un leader charismatique. Il manque aussi une identité de jeu. L’équipe s’appuie beaucoup sur le tir longue distance, mais plus par manque de solution offensive que par talent offensif.

Le Zenit possède le troisième pire ratio de la compétition à 3-pts. Malgré un budget boosté et un recrutement quantitatif à l’intersaison, le Zenit paye au prix fort son inexpérience en Euroleague. La phase retour s’annonce longue pour les Russes, qui auront comme principal objectif de ne pas finir derniers.

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